Le Bal des Ardents

Charles VI (fils de Charles V et de Jeanne de Bourbon) né en 1368, fut sacré Roi de France à l’âge de douze ans mais le royaume était dirigé par ses oncles.

Charles VI et
Isabeau de Bavière
Roi fou mais bien aimé de son peuple, il manifesta sa première crise de démence en 1392 : C’est en traversant la forêt du Mans sous une chaleur accablante, qu’il croisa un pauvre hère, lépreux, nippé de haillons qu’il lui cria à plusieurs reprises :« Fais demi tour, tu es trahi ! »
Le roi affolé, dégaina son épée et la dirigea vers son frère Louis d’Orléans, puis vers son escorte, en hurlant de terreur. Parti pour une heure de délire, Il embrocha quatre hommes de sa suite au passage... le roi exerça ici sa première crise de folie.

Le roi alterna ensuite les périodes de démence et de rémission, ce que l’on peut sans doute considérer de nos jours comme de la schizophrénie…


Charles_VI grabataire 
et son médecin
Pour guérir le roi, il lui fallait toujours plus de distraction, afin de dissiper ses crises et sa grande mélancolie.
Le 28 janvier 1393, la reine Isabeau de Bavière, organisa un bal à l’occasion du remariage d’une de ses dames d’honneur prématurément veuve : Catherine de Hainceville.

La reine choisit un lieu hors de la ville (et non pas la résidence royale qui était l’hôtel Saint – Pol au cœur de Paris) il s’agissait de l’hôtel de la reine Blanche, construit par la veuve de Saint Louis, situé dans l’actuel quartier des Gobelins, qui était à l’époque une agréable campagne au bord de la Bièvre.
Le choix du lieu bien à l’abri de la curiosité publique annonçait le caractère peu protocolaire des réjouissances qui s’y préparaient…


Un groupe de seigneurs décidèrent en secret d’offrir à la future remariée, une mascarade, un grand charivari (ou momerie) au cours du bal qui eut lieu.

Hugonin de Guisay, instigateur du projet, était réputé vaniteux, lâche, débauché et même pervers. Il proposa que ses quatre compagnons et lui-même se déguisent en sauvages. Il s’agissait du comte de Joigny, d’Emery de Poitier, Jobbain (Batard de Foix) et Nantouillet.
Sollicité, le roi, à qui les médecins ne cessaient de recommander la distraction, accepta de se joindre à la bande.

Leur déguisement : un vêtement de toile moulant, une sorte de maillot recouvert de poix – résine, de plumes et de poils d'étoupe, un masque conçu avec les mêmes matières couvrait leurs visages. Suite à leur arrivée brutale au sein de la fête,  ils mimèrent une danse frénétique et endiablée d’hommes sauvageons.
Créatures se voulant mi-sauvages mi-démons, l’ambiguïté entre les deux notions reste forte au moyen age, la superstition planait, mais on ne se croyait pourtant pas si près de l’enfer…

Le roi avait donné l’ordre aux serviteurs portant des torches de rester contre les murs de la salle en raison des costumes qui pouvaient facilement prendre feu.

Personne ne connaissait l’identité des hommes déguisés, chacun tentait de les reconnaître à travers leur démarche ou leur attitude derrière la danse déchaînée qui les agitait.
Si les cinq compagnons diaboliques sont liés les un aux autres par des rubans, le roi se tenait un peu à l’écart, prisonnier d’une femme, la Duchesse de Berry, qui voulait absolument connaître son identité.

C’est alors que le frère du roi, Louis d’Orléans, arriva avec quelques amis pour se joindre à la fête, après un long moment passé à la taverne. Ignorant les consignes du monarque, il s’approcha amusé et intrigué par la mascarade, ses serviteurs s'avancèrent avec lui plus près des danseurs.

Louis se saisit alors d’une torche portée par un de ses domestiques, afin de tenter de les reconnaître.
Un faux mouvement fit-il s’embraser les cinq hommes retenus les un aux autres ou mit-il volontairement le feu pour faire peur aux dames ? Ce point reste obscur…

Des hurlements de terreur, de douleurs surgirent de toutes parts et la panique générale gagna le public présent.

La duchesse de Berry retenant toujours le roi voulant s’enfuir, lui sauve la vie en le couvrant de son manteau.

Les diables ardents coururent en tous sens, firent fuir l’assistance alors qu’ils suppliaient qu’on leur porte secours. Seul survivant parmi les cinq hommes, Nantouillet, qui eut l’idée de se jeter dans un grand baquet d’eau servant à laver les gobelets.

L’organisateur, Hugonin de Guisay, est celui qui mit le plus de temps à mourir, trois jours d’agonie furent nécessaires afin de venir à bout de ce jeune seigneur connu pour sa grande cruauté. « Aboie ! chien ! » criai-t-on dans les rues de Paris au passage de son convoi funèbre.

Les Parisiens furent bouleversés et scandalisés par cet événement, mais le roi est malade, il est donc innocent…ou plutôt irresponsable... Il s’agit ici de reconnaître une forme de consécration meurtrière issue des débordements de la cour du roi dont le peuple s’indigne depuis fort longtemps…

Charles VI fit ériger une chapelle expiatoire dans l'église des Célestins à Paris, surnommée  par le peuple "monumentum sceleris" (le monument du crime). Une messe pour le repos des quatre âmes y fut dite quotidiennement.

Suite à cette tragédie, l’hôtel de la reine Blanche fut détruit sur ordre du roi en 1404.

Charles VI le Fou

2 commentaires:

  1. Un grand merci à la librairie "le bal des ardents"qui a su éveiller ma curiosité et me faire découvrir votre blog.

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  2. Bonjour.
    En ces temps de corruption du pouvoir (ça ne semble pas dater d'hier ;-) ) je trouve que les déboires de Charles VI mériteraient la même attention que ceux de Charly (IX) par un Teullé.
    Petite question: (j'habite sur les vestiges de l'église Saint Martin du Faubourg Saint Marceau ): où pourrait on situer l'ancien "château" sur la nouvelle rue de la reine blanche ouverte à l'occasion de sa destruction ? Envie de pèlerinage... ;)

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