La Place de la Croix du Trahoir


Pour terminer ma série sur les lieux patibulaires majeurs du Paris médiéval, je vais vous parler d’une petite place parisienne dont on ne soupçonne pas l’origine.

Au carrefour du 111 de la rue Saint Honoré et de la rue de l’arbre sec, un lieu patibulaire important perdura jusqu’en 1737.

Traihouer, Traihoir, Trihouer, Tyroer, Tiroir, Tiroy, il y avait une multitude de variantes concernant le nom de cette place.


Ce lieu était surtout dédié à couper les oreilles des serviteurs indélicats, de plus, une potence et une roue furent longuement dressées à cet endroit. La coutume voulait que l’on élevât une croix auprès de la potence, afin de recevoir les dernières prières des condamnés.

Afin d’assister à l’effrayant spectacle, les badauds ne cessaient d’affluer et ils n’oubliaient pas de faire leur marché avant de repartir !
On raconte que cette imposante croix de pierre à degrés était louée en partie comme étalage à des bouchers et qu’une autre fraction était squattée par des marchands de légumes.

Dans Notre Dame de Paris, Victor Hugo n’oublia pas de nous relater ceci :
« L'échelle de la Croix-du-Trahoir dans son carrefour toujours noir de peuple»
Notre Dame de Paris Livre III Chap II Paris à vol d’oiseau

Les auteurs libertins Guillaume Colletet, (1598 – 1659) et Claude Le Petit (1638-1662) ont pu vivre l’ambiance qui se respirait dans cet endroit occupé par la foule et le supplice.
Je vous livre, ici, deux extraits de leurs poésies. 

Extraits du Gibet de Montfaucon (Etude sur le vieux Paris) par Maillard Firmin 1863
« C’est icy la Croix du Tiroir,
Place où némésis punit le vice
Du honteux et dernier supplice.
Prens garde contre ce poteau
De t’aller casser le museau !
Ne t’es-tu point blessé la joüe ?
C’est un voleur sur une roue
Qu’on expose là quelque temps,
Pour servir d’exemple aux passants »
Guillaume Colletet (Le Tracas de Paris)
« Cette Croix me met bien en peine :
Que fait elle dedans ce lieu ?
Seroit-ce une croix par Dieu,
Ou bien une croix de Loraine ?
Nenny, c’est la Croix du Tiroir,
La seule noble antique à voir,
Dedans ce village moderne :
Qu’elle est grande ! On la voit de loin;
Mais sa disgrâce me lanterne :
Pourquoi l’a t-on mise en ce coin ? »
Claude Le Petit (Paris Ridicule ou La Chronique Scandaleuse)





Place disparue au XVIIIe siècle, aujourd’hui on trouve une fontaine classée à cet emplacement, c’est une reconstitution de Soufflot datant de 1776. Elle remplace la première fontaine réalisée par Jean Goujon en 1529.

Pour terminer sur Victor Hugo et son oeuvre Notre de Dame de Paris, je vous invite à lire le chapitre II du livre III (Paris à vol d’oiseau) dans son intégralité.

Un joli voyage dans le Paris du XVe siècle !

Et si jamais vous êtes impatient, voici un lien direct pour la promenade :

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